Chères Lisloises, chers Lislois,
Ces dernières semaines, l’organisation des repas dans les cantines de notre territoire a évolué. L’Agglomération présente ces changements comme une manière de « mieux répondre aux besoins réels des enfants » et de « réduire le gaspillage alimentaire ».
Dans les faits, cela se traduit par la suppression quotidienne d’une entrée ou d’un dessert dans les assiettes de nos enfants.
Dans le même temps, une baisse de 20 centimes par repas a été appliquée au prestataire, sans répercussion sur le tarif payé par les familles.
Depuis cette modification, de nombreux parents nous rapportent que leurs enfants rentrent le soir en ayant faim. Ils expliquent qu’ils sortent de la cantine sans être rassasié·es et que le choix proposé est désormais plus limité.
Certains enfants expriment même leur réticence à se rendre à la cantine depuis la mise en place de cette nouvelle organisation. Ce signal doit être entendu. Lorsqu’un service public aussi essentiel que la restauration scolaire suscite incompréhension ou découragement, il est de notre responsabilité collective d’en analyser les causes et d’y répondre.
Et pendant ce temps, des assiettes entières sont jetées. Parce que certains plats ne plaisent pas. Parce que le service à table, qui a remplacé le self à Lisle-sur-Tarn, génère des restes impossibles à redistribuer pour des raisons sanitaires. Résultat : du gaspillage… et des enfants qui ont encore faim.
On ne peut pas faire des économies sur le ventre de nos enfants
Nous sommes pleinement conscient·es des contraintes budgétaires qui pèsent sur la branche enfance de l’Agglomération. L’équilibre financier est un enjeu réel.
Mais il y a des choix politiques.
Pour certains enfants, le repas à la cantine est le seul repas complet, équilibré et consistant de la journée. Réduire les quantités, le choix ou la qualité, c’est fragiliser leur santé, leur concentration et leur éducation au goût.
C’est pourquoi l’alimentation scolaire ne peut pas être une variable d’ajustement budgétaire.
Les cuisines centrales ne sont pas l’unique modèle possible
Le recours à une cuisine centrale est un choix. Ce n’est pas une fatalité.
Ce modèle limite la souplesse, l’adaptation aux spécificités locales, la possibilité de travailler en circuits courts et d’impliquer davantage les producteurs et productrices du territoire.
L’association locale Cantine en transition a montré qu’il est possible, avec une production sur place, de :
- produire localement,
- réduire significativement les déchets,
- maintenir la qualité,
- former et valoriser les équipes,
- tout en maîtrisant les coûts.
Penser autrement l’alimentation de nos enfants est possible. Cela demande une volonté politique claire.
Sans consultation, il n’y a pas de confiance
En reprenant la compétence scolaire et restauration, l’Agglomération a déplacé le centre de décision des communes vers l’intercommunalité.
Mais les outils de concertation n’ont pas suivi.
Aujourd’hui, les parents d’élèves n’ont plus de véritable espace de dialogue à l’échelle intercommunale. Dans les conseils d’école, l’Agglomération est souvent absente ou représentée par des technicien·nes qui ne sont pas décisionnaires. Les élu·es en charge viennent rarement entendre directement les retours du terrain.
Les prises de parole des représentant·es des parents d’élèves (RPE) sont peu prises en compte, voire écartées sans véritable débat. Beaucoup expriment le sentiment d’être tenu·es à l’écart des décisions, alors même qu’ils et elles constituent un maillon essentiel entre les enfants, les familles et les administrations en place.
Les RPE jouent un rôle de pont indispensable. Les marginaliser, c’est affaiblir le dialogue et se priver d’une expertise précieuse sur les réalités vécues au quotidien dans nos écoles.
C’est la raison pour laquelle il est indispensable de créer une instance consultative des parents d’élèves à l’échelle de l’Agglomération.
Les parents sont les premiers experts des besoins de leurs enfants. On ne peut pas décider sans eux.
Une vraie consultation, ce n’est pas proposer un choix contraint entre plusieurs options déjà décidées. C’est associer en amont, expliquer clairement les enjeux, y compris financiers, et construire ensemble.
L’éducation alimentaire est un enjeu politique
Apprendre à manger, cela s’accompagne.
Cela suppose :
· du temps,
· de l’écoute,
· des repas moins transformés,
· des quantités adaptées,
· une attention aux retours des enfants,
· une analyse fine des déchets pour ajuster les menus.
Si nous voulons que nos enfants découvrent de nouveaux goûts et s’ouvrent à une alimentation plus diversifiée, cela passe par une relation de confiance entre les équipes de restauration et les élèves.
Il est important de souligner que les ATSEM et les éducateur·rices scolaires accomplissent déjà un travail considérable sur le temps du repas : malgré des journées longues et des pauses souvent très courtes, elles et ils s’investissent pleinement pour accompagner les enfants, les encourager à goûter, apaiser les tensions et faire de ce moment un temps éducatif à part entière.
Or, l’enchaînement rapide des services et l’organisation actuelle ne permettent pas toujours de leur donner les conditions nécessaires pour mener cet accompagnement dans les meilleures conditions.
Notre engagement
Si nous voulons que nos enfants mangent bien, nous devons écouter toutes les parties prenantes : les enfants, les parents, les professionnel·les de la restauration, les équipes éducatives.
Les solutions existent. En effet, elles peuvent répondre à la fois aux exigences de qualité et aux contraintes économiques.
L’équilibre budgétaire ne peut pas se faire au détriment des assiettes de nos enfants.
Notre équipe Lisle en commun s’engage à faire de l’alimentation scolaire une priorité. Parce qu’un enfant qui mange bien est un enfant qui grandit bien, apprend mieux et construit sa santé pour l’avenir.
À Lisle-sur-Tarn, nous ne laisserons pas cette question être traitée comme un simple poste budgétaire.
Nos enfants méritent mieux.